01.Le Chef : Martin Scorsese, l'enfant de chœur tourmenté
Avant d'être le roi du film de gangsters, Scorsese voulait être prêtre. Sa foi est viscérale, torturée, obsessionnelle. Adapter le roman controversé de Nikos Kazantzakis, c'était son chemin de croix personnel. Il ne voulait pas détruire la religion, il voulait l'humaniser. Mais comme souvent en cuisine, quand on met de la crème dans les carbos, les puristes crient au sacrilège.

02.L'Ingrédient qui fâche : Un Jésus à taille humaine
Le problème, ce n'est pas Willem Dafoe (bien que voir le Bouffon Vert en Jésus soit une expérience en soi). Le problème, c'est ce qu'il incarne. L'histoire s'éloigne des Évangiles pour explorer la psychologie de Jésus : un homme qui fabrique des croix pour les Romains, qui entend des voix sans savoir si elles viennent de Dieu ou du Diable, et qui résiste à son destin de Sauveur de l'humanité.
Fini le Christ de vitrail, éthéré et intouchable. Ici, c'est un Messie schizophrène qui préférerait rester au lit plutôt que de sauver le monde. Pour les croyants fondamentalistes, montrer un Christ qui hésite, c'est déjà nier sa divinité. C'est comme un vegan qui douterait de se régaler d'une salade césar.

03.La Tentation Finale : Le fantasme interdit
Le clou du spectacle (sans mauvais jeu de mots), c'est la fin. Sur la croix, Jésus hallucine. Il s'imagine descendre, se marier avec Marie-Madeleine, avoir des enfants, vieillir paisiblement. Il succombe à la vision que lui offre Satan d'une vie d'homme ordinaire.
Même si ce n'est qu'un rêve et qu'il finit par accepter son sacrifice, l'image d'un Jésus au lit avec une femme a suffi à déclencher l'apocalypse. Pour les intégristes, voir le fils de Dieu avoir une vie sexuelle, même imaginaire, c'était le blasphème ultime.

04.L'Addition Salée : Molotov au cinéma
La sortie du film est un champ de bataille. Aux États-Unis, des milliers de manifestants prient devant les cinémas. Mais en France, ça dérape. Le 23 octobre 1988, un groupe intégriste catholique met le feu au cinéma Espace Saint-Michel à Paris avec un engin incendiaire. Résultat : 13 blessés, dont un grave.
On est passé de la critique cinéma au terrorisme religieux. Le film est interdit dans plusieurs pays (Chili, Philippines, Singapour...) et reste encore aujourd'hui une œuvre maudite pour beaucoup. Scorsese a prouvé que toucher aux idoles, ça met le feu aux poudres.
