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Recette #008

Myra : Quand une main d'enfant devient une arme de destruction massive

Concercant l'œuvre : Myra (1995)

PUB: 13.12.2025

AUT: Sohane SHAKHUN

SRC: CONFIDENTIEL

Prenez le visage de la femme la plus détestée d'Angleterre. Reproduisez-le en format géant (3 mètres de haut). Jusque-là, c'est de la provocation classique. Mais remplacez les pixels par des empreintes de mains d'enfants... et vous obtenez un cocktail Molotov médiatique. En 1997, Marcus Harvey n'a pas seulement peint un tableau, il a rouvert une plaie nationale encore purulente.

01.Le Chef : Marcus Harvey, l'enfant terrible

Marcus Harvey fait partie des YBA (Young British Artists), cette bande de sales gosses de l'art anglais (avec Damien Hirst et ses requins dans le formol) qui a décidé que le bon goût était surfait. Son truc à lui ? Le gigantisme et la matière. Il aime quand ça tache, quand c'est épais, quand c'est viscéral. Pour l'exposition Sensation à la Royal Academy, il ne voulait pas juste exposer, il voulait exploser.

Le Chef : Marcus Harvey, l'enfant terrible
Fig. - Marcus Harvey : auteur de l'œuvre.

02.L'Ingrédient Interdit : Myra Hindley

Pour comprendre le scandale, il faut connaître l'ingrédient principal. Il faut bien saisir l'aura sinistre de Myra Hindley, figure tristement célèbre. Avec son amant Ian Brady, elle a torturé et assassiné cinq enfants dans les années 60, les "Moors Murders". Son mugshot (photo d'identité judiciaire), avec ses cheveux blonds peroxydés et son regard froid, est l'image du Mal absolu au Royaume-Uni. C'est l'équivalent photographique de la croix gammée : on ne l'affiche pas, on la subit.

Harvey décide non seulement de l'afficher, mais de la monumentaliser. Il transforme cette petite photo d'identité granuleuse en une icône de 3 mètres sur 4 à l'exposition Sensation à la Royal Academy à partir du 18 septembre 1997.

L'Ingrédient Interdit : Myra Hindley
Fig. - De loin, une photo floue. De près, l'horreur absolue.

03.La Recette du Choc : Des mains d'enfants

C'est là que la recette devient indigeste pour le public. De loin, on voit le visage de Myra. De près, on réalise que l'image est composée de milliers de petites empreintes de mains d'enfants (moulées en plâtre ou peintes). Le contraste est insoutenable : la main de l'enfant victime (symbole d'innocence) sert à construire le visage de celle qui les a tués.

En analysant un cran plus loin, on peut interpréter que c'est une façon de montrer que l'innocence des victimes est à jamais prisonnière de l'image de leur bourreau. Myra Hindley est représentée comme moralement déshumanisée, à la fois par la nature atroce de son crime et par le traitement que lui réserve l’œuvre. Pour le public, c'est juste dégueulasse. Ce serait comme représenter le portrait de Hitler avec les photos de toutes les personnes décédées dans les camps de concentration.

La Recette du Choc : Des mains d'enfants
Fig. - Zoom sur la toile : chaque point est une empreinte de main d'enfant.

04.La Dégustation : Vandalisme et Œufs

L'ouverture de l'exposition est un carnage. Des manifestants (dont les mères des victimes) pleurent devant le musée. Les fenêtres de la Royal Academy sont brisées. À l'intérieur, deux artistes décident de passer à l'action : l'un jette de l'encre rouge et bleue sur la toile, l'autre lui balance des œufs. L'œuvre doit être nettoyée et placée derrière une vitre blindée.

Le tableau pose une question brutale : a-t-on le droit d'utiliser la douleur réelle des gens comme matière première pour l'art ? Faut-il montrer le monstre pour ne pas oublier, ou le cacher pour respecter les victimes ?

La Dégustation : Vandalisme et Œufs
Fig. - Le vandalisme contre Myra : de l'encre rouge et bleue.
Myra | KVU